Protection de l’enfance : dix ans après, des progrès… mais un décalage qui persiste. Retour sur la journée du CNPE et du SFMRPE
Autour de Anne Devreese, la matinée a permis de revenir sans détour sur ce qui a changé… et sur ce qui bloque encore.
Car oui, un cap a été franchi. Comme l’a rappelé Laurence Rossignol, la loi de 2016 a déplacé le regard : on part désormais des besoins de l’enfant, et non plus uniquement des défaillances parentales. Une évolution prolongée par la loi de 2022 portée par Adrien TAQUET, qui a introduit des mesures concrètes, comme l’interdiction des placements hôteliers.
Mais derrière ces avancées, les difficultés restent visibles. Daniel Goldberg a notamment alerté sur l’affaiblissement des dispositifs de premier recours et appelé à une véritable politique globale de l’enfance.
Les enjeux de santé ont également occupé une place importante dans les échanges. Céline Greco a insisté sur la nécessité d’un accompagnement réellement coordonné, rappelant que les enfants protégés restent encore trop souvent moins bien suivis que les autres.
Sur le plan juridique, Flore Capelier est revenue sur les évolutions du cadre législatif, tandis que Guillaume Bronsard a évoqué la réalité clinique des enfants accompagnés, marquée notamment par les troubles de l’attachement et les traumatismes complexes.
La question des besoins fondamentaux de l’enfant, au cœur de la loi de 2016, a été rappelée par Marie-Paule Martin-Blachais, dont les travaux continuent d’influencer les pratiques. Suivi d’un état des lieux des enfants d’Outre-mer par Eric DELEMAR.
Mais l’un des moments les plus marquants de la journée est venu d’ailleurs.
Face à Adrien Taquet, les enfants du collège du CNPE accompagnés de Genevieve Avenard, ont pris la parole. Une parole directe, parfois dure, mais lucide. Un rappel simple : ils ne sont pas seulement concernés par les politiques publiques, ils peuvent aussi les éclairer.
Pour autant, tout le monde s’accorde sur un point : écouter ne suffit pas, ne suffit plus.
Comme l’a souligné Stephanie RIST, un nouveau projet de loi est en préparation. Mais plusieurs intervenants, dont Isabelle SANTIAGO, ont mis en garde contre un calendrier trop contraint et un manque de concertation. Reste à voir en effet quelles seraient les évolutions réelles.
Dix ans après, le constat est donc sans illusion.
Les idées sont là. Les lois aussi.
Ce qui manque encore, c’est leur traduction réelle dans la vie des enfants.
L’après-midi ouverte par F. Matta-Ragimbau avait pour ambition de faire connaître le métier de médecin référent de parcours (MRPE). La SFMRPE a d’ailleurs vocation à soutenir le déploiement des MRPE dans les territoires.
L’analyse de F. El Khoury a permis d’illustrer une fois de plus que la santé des enfants placés était impactée plus fortement du fait de leur exposition accrue à différentes formes de violences. Pour accompagner comme il se doit les enfants, les MRPE ont donc un rôle clé de coordination, encore trop méconnu, qui les place comme des garants du parcours de santé assurant le lien entre les enfants, l’ASE et les professionnels de terrain.
La question de la formation a été évoquée à plusieurs reprises. D’une part avec le Dr. Gaëlle Pendezec qui a rappelé la nécessité d’élaborer des formations croisées au niveau local en lien avec les Conseils départementaux et les acteurs référents sur les territoires auprès des professionnels de la protection de l’enfance et ceux de la santé. D’autre part avec A. Chartier et K. Delahaye qui ont présenté une formation à destination des professionnels de santé libéraux qui a pour but de sécuriser la décision et le parcours d’alerte.
L’UNAFORIS est contente d’avoir contribué à l’organisation de cette journée riche en échanges, et poursuivra son implication pour prendre part aux réflexions autour des nombreux enjeux en protection de l’enfance.
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